Cas concrets d'utilisation VHF
Quatre cas vécus où la VHF a fait la différence entre l'angoisse et le sauvetage — et tout ce qu'il faut maîtriser avant l'urgence.

La VHF n'est pas un gadget. C'est une boîte en plastique sur votre table à cartes qui, en quelques secondes, peut devenir la seule ligne vous reliant à la survie. Son efficacité ne dépend pas de sa puissance en Watts, mais des connaissances de celui qui tient le micro. En mer, savoir communiquer c'est savoir survivre. Chaque sortie est une préparation à l'imprévu et la maîtrise de la radio est la première des compétences du marin.
- Le canal 16 : C'est le canal d'appel et de sécurité. Veille permanente obligatoire. Il sert à contacter un autre navire ou une station côtière, et surtout, à diffuser et écouter les messages de détresse, d'urgence et de sécurité.
- Les 3 mots qui sauvent : MAYDAY pour la détresse vitale immédiate. PAN PAN pour une situation d'urgence sérieuse. SÉCURITÉ pour un message concernant la sécurité de la navigation.
- ASN et MMSI : L'Appel Sélectif Numérique (ASN) permet d'envoyer un message de détresse pré-formaté d'une simple pression sur un bouton. Il est lié à votre numéro d'identification unique, le MMSI.
La VHF, l'outil de survie n°1 en mer
Contrairement au téléphone portable, la VHF n'est pas une communication de point à point. C'est un outil de diffusion. Lorsque vous émettez, tous les navires et stations côtières sur votre zone de portée vous reçoivent. C'est sa force principale. Un appel de détresse sur le canal 16 n'alerte pas seulement le CROSS (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage), il alerte aussi le ferry, le pêcheur et le voilier qui naviguent à quelques milles de vous. Ces navires sont souvent les premiers à pouvoir vous porter assistance.
Cette puissance implique une discipline. Le réseau VHF est un outil partagé, régi par des règles internationales dans le cadre du SMDSM (Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer). Chaque message inutile encombre la fréquence, et peut potentiellement masquer un appel vital. Le silence radio imposé après un message de détresse n'est pas une option, c'est une obligation.
Le rôle du CROSS est central. Véritable tour de contrôle maritime, il coordonne les opérations de sauvetage, de l'envoi d'un hélicoptère à la mobilisation des moyens de la SNSM ou au déroutement d'un navire de commerce. Communiquer avec eux de manière claire, concise et structurée est la garantie d'une prise en charge rapide et efficace. C'est la responsabilité du Chef de bord de s'assurer que lui-même, ou au moins un membre de son équipage, maîtrise ces procédures. Parler dans un micro sous l'effet du stress n'a rien d'intuitif. Cela se prépare à terre.
Cas n°1 — Malaise cardiaque au large de la Trinité
Le Galopin, un plan Harlé de 10 mètres, rentre vers La Trinité-sur-Mer par petit temps. À son bord, un couple de sexagénaires. Soudain, le skipper s'effondre à la barre, frappé par une douleur thoracique intense. Son épouse, qui n'a pas touché une VHF depuis des années, a un flash. Elle se souvient des mots-clés de sa formation.
Elle se précipite sur la radio, allume, sélectionne le canal 16. La main tremblante, elle appuie sur le bouton d'émission et lance : « MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY. Ici Le Galopin, Le Galopin, Le Galopin. MAYDAY. » Le CROSS répond immédiatement. Guidée par le calme de l'opérateur, elle parvient à donner sa position, lue sur le GPS, et à décrire la situation : « Homme de 65 ans, inconscient, suspicion de crise cardiaque ».
Trente minutes plus tard, l'hélicoptère de la Sécurité Civile est en stationnaire au-dessus du voilier. Le skipper est hélitreuillé et pris en charge. Sans cet appel structuré, simple mais correct, l'issue aurait été tragique. Le réflexe "canal 16, MAYDAY" a fait la différence entre la vie et la mort.
Cas n°2 — Panne moteur en zone à fort trafic au large d'Ouessant
Un semi-rigide de 7 mètres, l'Écumeur, revient d'une partie de pêche au large de l'île d'Ouessant. Le moteur tousse et s'arrête net. Impossible de le redémarrer. Le bateau dérive maintenant sans propulsion dans le rail montant du DST d'Ouessant, une des autoroutes maritimes les plus fréquentées du monde. Le danger n'est pas immédiat pour l'équipage, mais la situation est sérieuse. Un porte-conteneurs lancé à 20 nœuds ne les verra pas.
Un des équipiers, titulaire du CRR, prend les choses en main. Il sait que ce n'est pas une situation de MAYDAY. Il lance donc un appel d'urgence sur le canal 16. « PAN PAN, PAN PAN, PAN PAN, à toutes les stations. Ici le semi-rigide L'Écumeur. En panne moteur dans le rail d'Ouessant. Demandons assistance. »
Le CROSS Corsen répond, prend note de la position et de la situation. Immédiatement, il diffuse un message SÉCURITÉ à l'attention de tous les navires sur zone pour signaler la présence du petit bateau à la dérive. Il engage également la vedette SNSM de Molène. Grâce à la clarté du message, un cargo qui approchait a pu modifier sa route à temps pour éviter une catastrophe. L'équipage a été récupéré en toute sécurité. Le choix du bon message a permis une gestion adaptée du risque.
Cas n°3 — Voie d'eau et MAYDAY déclenché par ASN
Alors qu'il navigue de nuit pour rallier les Scilly, le skipper d'un Pogo 30 heurte violemment un objet flottant non identifié. Le choc est brutal. En inspectant les fonds, il découvre une voie d'eau importante au niveau du puits de quille. La pompe de cale électrique peine à étaler et le niveau monte. Il est seul, à 50 milles des côtes. La situation est critique.
Il ne perd pas de temps avec un appel vocal. Il soulève le capot rouge de sa VHF fixe ASN et maintient le bouton "DISTRESS" enfoncé pendant 5 secondes. Instantanément, un message numérique contenant son identifiant MMSI et sa position GPS est envoyé sur le canal 70 à toutes les stations.
Moins d'une minute plus tard, sa VHF sonne. C'est le CROSS qui accuse réception de l'alerte et lui demande de passer sur le canal 16 pour un échange vocal. « Galopin II, ici CROSS Corsen. Avons reçu votre alerte de détresse ASN. Quelle est la nature de votre détresse ? À vous. » Le skipper peut alors se concentrer sur la description de sa situation et la lutte contre la voie d'eau, certain que les secours sont déjà en route vers la bonne position. L'ASN a automatisé la partie la plus stressante de l'appel : se localiser et se faire entendre.
Cas n°4 — MAYDAY RELAY pour un voilier voisin
En fin d'après-midi, près des Sept-Îles, le skipper d'un catamaran en route pour Perros-Guirec entend un appel sur le 16, très faible et haché. Il déchiffre les mots « ...MAYDAY... feu... abandon... ». Il attend une trentaine de secondes. Aucun accusé de réception du CROSS. Le navire en détresse est probablement trop loin de la côte, ou sa radio est endommagée.
Le skipper comprend son rôle. Il doit relayer l'appel. Il saisit son micro et lance un message clair et posé : « MAYDAY RELAY, MAYDAY RELAY, MAYDAY RELAY. Ici catamaran Ty Gwen, Ty Gwen, Ty Gwen. Avons reçu le message MAYDAY suivant du voilier Nom Inconnu à 16h30 locales. Position estimée 5 milles au Nord de l'île aux Moines. Navire signale un incendie et l'abandon imminent. Terminé. »
Le CROSS Jobourg accuse réception immédiatement et le remercie. Grâce à ce relais, les secours sont déclenchés. Le skipper du Ty Gwen a agi en parfait marin, devenant un maillon essentiel de la chaîne de sauvetage. Il n'était pas en danger, mais il a sauvé un autre équipage en appliquant la procédure de relais de détresse qu'il avait apprise.
MAYDAY, PAN PAN, SÉCURITÉ : ne plus jamais confondre
La maîtrise de ces trois termes est non négociable. Utiliser le mauvais message peut soit sous-estimer un danger réel, soit déclencher des moyens disproportionnés et mettre potentiellement en danger les sauveteurs pour une situation non critique.
MAYDAY — détresse vitale
Le mot "MAYDAY" (venant du français "m'aider") est réservé aux situations où le navire ou une personne à bord est menacé d'un danger grave et imminent. C'est la priorité absolue sur les ondes. Dès qu'un message MAYDAY est émis, toutes les autres communications doivent cesser.
Exemples : incendie incontrôlable, voie d'eau majeure, abandon du navire, homme à la mer si le navire ne peut le récupérer, menace d'échouement sur une côte battue par les vagues.
PAN PAN — urgence sans danger immédiat
Le mot "PAN PAN" (venant du français "panne") signale une situation d'urgence où le navire ou une personne a besoin d'une assistance, mais sans que la vie ne soit en danger immédiat. C'est la deuxième priorité.
Exemples : panne moteur dans une zone sans danger immédiat, avarie de gouvernail, blessé ou malade à bord ne nécessitant pas une évacuation immédiate mais un avis médical ou une assistance à l'arrivée.
SÉCURITÉ — information de sécurité
Le mot "SÉCURITÉ" (prononcé à la française) est utilisé pour transmettre des informations importantes pour la sécurité de la navigation. C'est la troisième priorité. Il est souvent précédé d'un appel sur le 16 pour annoncer la diffusion sur un canal de travail.
Exemples : signalement d'un conteneur à la dérive, d'une bouée éteinte, d'un phénomène météorologique dangereux non prévu (grain violent, trombe marine).
| Type d'appel | Situation | Mots-clés | Priorité |
|---|---|---|---|
| MAYDAY | Danger grave et imminent pour la vie ou le navire | MAYDAY (x3) | 1 (Absolue) |
| PAN PAN | Urgence sérieuse, sans danger immédiat pour la vie | PAN PAN (x3) | 2 (Urgence) |
| SÉCURITÉ | Information relative à la sécurité de la navigation | SÉCURITÉ (x3) | 3 (Sécurité) |
La structure d'un message de détresse
Le stress peut faire perdre les moyens. Apprendre et répéter une structure fixe permet de transmettre les informations essentielles de manière ordonnée. L'acronyme D-P-N-A-I-T (Détresse, Position, Nature, Aide, Informations, Terminé) peut aider, mais le mieux est de mémoriser le moule du message.
Modèle MAYDAY
MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY ICI le navire [Nom du navire] (×3), indicatif d'appel [Indicatif], MMSI [Numéro] MAYDAY [Nom du navire] POSITION [Latitude/Longitude] ou [Relèvement/Distance d'un point remarquable] NATURE DE LA DÉTRESSE [ex : voie d'eau, nous sombrons] ASSISTANCE DEMANDÉE [ex : demandons assistance immédiate] NOMBRE DE PERSONNES À BORD [indiquer le nombre] AUTRES INFORMATIONS [ex : abandonnons le navire sur radeau de survie] À VOUS
Modèle PAN PAN
PAN PAN, PAN PAN, PAN PAN À TOUTES LES STATIONS (×3) ICI le navire [Nom du navire] (×3), indicatif d'appel [Indicatif], MMSI [Numéro] POSITION [Latitude/Longitude] ou [Relèvement/Distance d'un point remarquable] NATURE DE L'URGENCE [ex : panne moteur, dérive vers le nord] ASSISTANCE DEMANDÉE [ex : demandons un remorquage] NOMBRE DE PERSONNES À BORD [indiquer le nombre] AUTRES INFORMATIONS [ex : voilier blanc de 12 mètres, bonne visibilité] À VOUS
Pourquoi se former au CRR
Le Certificat Restreint de Radiotéléphoniste (CRR) n'est pas qu'une formalité administrative. Il est légalement obligatoire pour utiliser une VHF fixe, quelle qu'elle soit, ou une VHF portable de plus de 6 W en dehors des eaux territoriales françaises. Il est également indispensable pour obtenir un numéro MMSI et donc pour utiliser les fonctionnalités de sécurité de l'ASN.
Au-delà de l'obligation légale, la formation au CRR est un investissement dans sa propre sécurité. Elle permet de :
- Acquérir des réflexes : savoir quel bouton presser, quel canal utiliser, quel message prononcer sans avoir à réfléchir sous pression.
- Comprendre le système : démystifier l'ASN, le MMSI, les canaux, le rôle du CROSS, la structure du SMDSM.
- Gagner en confiance : ne plus avoir peur de prendre le micro pour contacter une capitainerie, demander une place au port ou participer à la sécurité collective.
- Être un chef de bord responsable : la sécurité de l'équipage repose sur les compétences du skipper. Maîtriser la VHF est aussi fondamental que de savoir lire une carte ou préparer sa météo. C'est une compétence qui s'inscrit dans la lignée de celles requises pour des navigations plus ambitieuses, comme celles abordées dans notre FAQ permis hauturier.
FAQ
Quel canal écouter en permanence en mer ?
Le canal 16. C'est le canal international de veille, d'appel et de sécurité. Toutes les stations côtières et tous les navires tenus à la veille (navires de commerce, de pêche, navires de plaisance de plus de 20 m) l'écoutent en permanence. Les VHF modernes permettent une double ou triple veille, pour surveiller le 16 tout en communiquant sur un autre canal.
Quelle est la portée d'une VHF portable ?
La portée dépend de la puissance (généralement 5-6 W maximum) et surtout de la hauteur de l'antenne. D'un bateau à un autre, on peut espérer une portée de 3 à 5 milles. D'un bateau à une station côtière (dont l'antenne est en hauteur), la portée peut atteindre 10 à 15 milles. Elle est idéale pour les communications à courte distance ou en cas d'abandon du navire.
Le CRR est-il obligatoire en France ?
Oui. Le CRR est obligatoire pour tout utilisateur d'une VHF fixe ASN ou pour l'utilisation de toute VHF (fixe ou portable) dans les eaux internationales ou étrangères. En pratique, la quasi-totalité des VHF neuves étant équipées de l'ASN, le CRR est devenu indispensable pour tout plaisancier équipé d'une radio fixe.
Qu'est-ce que l'ASN et le numéro MMSI ?
L'ASN (Appel Sélectif Numérique) est une fonction qui permet à une VHF d'envoyer et recevoir des messages numériques sur le canal 70. Son usage principal est l'envoi d'une alerte de détresse standardisée contenant votre identité et votre position. Le MMSI (Maritime Mobile Service Identity) est un numéro unique à 9 chiffres qui identifie votre station radio. Il est programmé dans votre VHF et est indispensable pour utiliser l'ASN. Il s'obtient auprès de l'ANFR après obtention du CRR.
Que faire juste après avoir lancé un MAYDAY ?
Restez en veille sur le canal 16. Le CROSS va accuser réception et vous poser des questions. Ne coupez pas la radio. Si possible, préparez le matériel de sécurité : gilets de sauvetage enfilés, radeau de survie prêt à être percuté, grab bag à portée de main. Désignez un équipier à la veille radio pour rester en contact permanent avec les secours et libérer le chef de bord pour gérer la situation à bord.
En conclusion
La VHF est un instrument formidable, un concentré de technologie au service de la sécurité de tous en mer. Mais comme un sextant ou une voile, sa performance réside dans la compétence de celui qui l'utilise. Considérer sa formation radio comme une simple formalité est une erreur grave. C'est au contraire la fondation sur laquelle repose une grande partie de votre sécurité et de celle de votre équipage. Se former, c'est se donner les moyens de transformer la peur en action, le chaos en procédure, et l'incertitude en sauvetage. À L'École de la Mer, notre mission n'est pas de vous vendre un certificat, mais de vous transmettre le savoir-faire qui fera de vous un marin compétent et serein face à l'imprévu. Découvrez notre formation CRR en ligne pour franchir le cap en confiance.
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